Faire de l’internet un bien commun: un combat difficile. JDE EELV – Aout 2011

Biens communs

Merci de ne pas tweeter mes propos, merci de ne pas reproduire ce que je dis sans me le demander auparavant.

En effet, ce que j’exprime m’appartient .

Si vous souhaitez le rediffuser, prenons un rdv, je vous proposerai un abonnement payant à mes tweets, à mon facebook, à mes conférences, pour me rémunérer de mon travail.

Vous comprendrez que le tps de préparation de cette réunion, les informations et les connaissances que je vous délivre, m’ont demandé un effort que je souhaite voir rémunéré maintenant.

Nous sommes, à travers cette introduction, au cœur du sujet. Où est ce qui m’appartient, où sont les biens communs, et comment Internet bouscule les règles existantes.

En effet, jusqu’à il y a peu, pour me lire, il était nécessaire d’acheter un livre, sur lequel je touchais des royalties. Maintenant, comment est-ce que je me rémunère si vous tweetez mes propos, si vous bloggez mon intervention, si, avant même que je sorte de cette salle, elle est diffusée partout et gratuitement ?

C’est une des 2 raisons majeures, cette question de droits commerciaux, de rémunération des droits de propriété intellectuelles, pour lesquels ont été inventés toutes ces lois (et mesure) Hadopi, Lopssi, Acta, etc. pour assurer une rémunération aux créateurs, rémunération minime. Et aux majors, qui distribuent les œuvres, une rémunération maximale.

L’autre raison majeure, c’est ce que l’on nous a dit être la lutte contre la pédophilie, contre les propos extrémistes, contre ce qui est qualifié de la « dérive de l’internet »

Notre gouvernement, l’Europe, nos institutions, veulent nous protéger, régulées par le biais d’interdictions et de filtrages, dont ils sont les seuls à décider de la forme, du contenu, du niveau de répression, ce qui est permis ou pas sur internet.

Pour être surs que le contrôle soit efficace, Lopssi par exemple, veut légaliser l’espionnage des ordinateurs. La police pourra s’introduire discrètement chez les suspects pour installer des mouchards, des logiciels espions. Le texte va jusqu’à permettre la captation des données informatiques.

La LDH le dit clairement : Lopssi permet à la police de faire à peu prêt n’importe quoi, sous n’importe quel prétexte, au profit de n’importe qui.

Quant à ACTA, son objet est de construire un nouveau cadre multilatéral pour la lutte contre la contre façon, le détournement de brevets, et le vol de code informatiques protégés (ajouter les semences)

Qui est le seul bénéficiaire d’ACTA ? Les grds grps industriels, inquiets du changement de modèle, induit par la diffusion libre (gratuite et incontrôlée) sur internet

Résumons :

Les États, en coalition, ensemble, avec les multinationales, ont engagée un processus de contrôle d’internet.

Reprenons le discours de N.Sarkozy sur « Civiliser l’Internet » : il dit clairement « Les enjeux liés au développement d’internet revêtent une importance croissante à la fois d’ordre politique, économique, industrielle, sécuritaire. Il est clair que la nature même transnationale d’internet, que le caractère stratégique de ces enjeux, appelle à une réflexion et à une coordination internationales. Nous devons bâtir un Internet civilisé. » Et pour civiliser l’internet, sa première initiative pour le E-G8, est d’inviter les multinationales du net, en oubliant d’inviter les utilisateurs.

Ca n’est pas notre vision de l’internet de demain, de la liberté d’expression, ni de la gestion de la propriété intellectuelle et des droits des utilisateurs.

Pour nous, Internet est un bien commun.

Comme le dit la fondation Heinrich Boell : « les biens communs sont des choses qui nous nourrissent, qui nous permettent de nous déplacer, qui nous inspirent, qui nous attachent à certains lieux, et qui nous permettent de communiquer. »

Ce bien commun permet la participation du plus grand nombre, peut améliorer la qualité de la vie, il offre des plateformes, permettant une créativité sans limites, source de bénéfice individuel et collectif.

En qualité de bien commun, Internet et la propriété intellectuelle doivent être réfléchis, organisé, et, je sais que le terme peut choquer, régulé.

Pourquoi, comment ?

Pourquoi : Si internet est un espace de liberté absolue, que va-t-il s’y passer ? De manière dogmatique, il y a fort à crainte que ne s’appliquent les conclusions de la tragédie des biens communs : Les intérêts individuels vont prendre le pas sur l’intérêt collectif et le bien commun sera à terme détruit car dévoyé de son sens. Les plus forts imposeront leurs règles et l’usage ne sera plus qu’une relation client consommateurs. Ne rêvons pas : que cette liberté absolue fabrique spontanément des espaces de liberté ouverts, construits par des groupes désintéressés mus par l’intérêt général (réécrire : altruisme = utopie) et capable de préserver ce bien commun sur le long terme.

Qui dirige internet aujourd’hui ?

Google, FB, les majors en ligne… on peut avoir l’illusion de s’exprimer librement, sauf que pour que son message passe, face à la puissance des majors : aucune chance.

Si google ou FB m’expulsent en fonction en fonction de leurs règles (critères) je disparais, ou n’ai plus accès qu’à un nombre limité de lecteurs.

On ne peut donc, sans risque de laisser le pouvoir au business pur, laisser sans régulation.

Ex : l’origine du Monde censuré sur Facebook, décision unilatérale de facebook.

Pour revenir aux bien communs, en l’espèce la gouvernance par la théorie de la firme, ne peut s’appliquer avec les entreprises actuelles, même regroupés dans un collectif, car il ne s’agira qu’une coalition d’intérêts particuliers qui chercheront le meilleur profit pour chacun d’entre eux et non pas le profit général, équitable et de long terme.

La gouvernance des biens communs peut être envisagée par la théorie de l’État.

Sauf que l’État s’est discrédité :

  • en cherchant à limiter nos libertés sans nous demander notre avis.
  • En privilégiant le business au détriment de la connaissance, de l’intérêt général, en censurant, en espionnant sans contrôle, ni approbation citoyenne
  • et que, point crucial, nos élus, nos représentants sont en décalage colossal avec le mouvement internet actuel. L’age médian des députés français est de 60 ans. Les tranches d’ages surreprésentés par rapport à la population sont les 51-70 ans. C’est plus qu’un choc culturel ou un choc générationnel, c’est une incompréhension totale. Des représentants qui n’utilisent pas, qui ont baigné dans l’idée que le minitel c’est France télécom, que le téléphone mobile c’est orange, que l’internet c’est google, bref, que les industries font le développement, ne peuvent comprendre le sens d’un internet libre ?

Nous croyons ce qu’ils n’imaginent même pas : que internet est une réussite collective, que c’est son appropriation par les usagers, que le million de billets publiés chaque jour sur les 156 millions de blogs, les plus de 50 millions de tweets qui circulaient déjà en 2010, qui sont la force d’internet et non pas le business.

Alors si les entreprises ni l’état ne peuvent réguler internet, comment faire ?

OK. Je vais dire une grosse connerie : Et si on le faisait nous-même ?

Comment ?

Justement, le faire ensemble, ça n’est pas m’écouter vous expliquer comment faire, ça n’est pas écouter google, ni Sarkozy, ni MLP, nous dire comment faire, et nous imposer leurs visions.

Le faire ensemble, c’est le faire… ensemble.

Quelques pistes, toutefois :

Elinor Ostrom, prix noble d’économie 2009, démontre par l’exemple, que la théorie du système des règles imbriquées fonctionne.

Que dit cette théorie ?

Que, partant d’une entité locale auto-organisée, de plusieurs entités locales auto-organisées, peuvent naitre des entités supérieures. (partir de la base, des usagers)

ces entités supérieures ne peuvent etre que le fruit de la connaissance et de l’expérience, en aucun cas le fruit d’une nomination, même venant de l’état, et elles seules seront capables de construire des systèmes permettant de gérer des ressources complexes.

En résumé, un objectif : que s’organisent les utilisateurs, qu’ils montent en compétences, qu’ils expérimentent, qu’ils évoluent avec l’outil est le seul moyen pour construire le système de régulation d’internet, qui garantisse nos libertés individuelles, la primauté de l’usager sur le business, et le long terme de l’outil.

(NB EELV « pure player »: toute situation ressemblant d’une archi politique interne, c’est salle machin, c’est écrit « coopérative » sur la porte)

Mais pourquoi l’état et les entreprises accepteraient-ils de basculer dans ce mode de gouvernance ?

Plusieurs réponses possibles, mais globalement, pour éviter que l’ensemble ne meure ou ne leur échappe. Par exemple par la création d’un second réseau, 100% auto-construit et libre.

Les Logiciels Libres, Linux, etc, etc. Le pouvoir et la créativité collective sont sans limites, pour peu qu’on ne les bride pas et trouveront toujours le moyen d’échapper à la censure. Dans le cas de la création d’un second réseau, sur celui ci, adieu business, adieu contrôle, sauf à redéployer des moyens colossaux et dupliquer ce qu’ils tentent de faire sur internet aujourd’hui. Et si ils réussissent à contrôler ce deuxième réseau, en naitront simultanément 3 ou 4 autres nouveaux.

Nous devons être suffisamment créatifs pour que l’état et le business comprennent que leur bénéfice sera supérieur à négocier qu’à nous faire la guerre à travers des régulations que nous n’accepterons jamais.

Ont-ils intérêt à entrer en guerre contre les créateurs qui déserteront le réseau contrôlé pour un réseau libre, et contre les hackers de tous types (Anonymous) qui vont se multiplier pour casser des règles inacceptables car liberticides.

Pour arriver à négocier il faut que nous soyons forts et organisés. Les règles ne peuvent venir que de nous, utilisateurs, pour garantir les équilibres et le développement d’un internet libre et pérenne, accessible à tous, source de progrès, de connaissances, de créations de liens.

Il est nécessaire d’envoyer des signes clairs aux institutions et au business.

Lesquels ?

Par exemple, quittons le business ; oui, trouvons le moyen de contourner google, fb, orange, pour rééquilibrer le rapport de force, pour exprimer que nous avons du pouvoir. Et donc, tous les développeurs libres, tous les créatifs libres, quittons microsoft office pour open office, adobe pour gimp, multiplions les blogs, la communication sur la nécessité d’un internet libre. Organisons des manifestations, des pétitions, existons en tant que citoyens, utilisateurs actifs.

Nous avons un levier, c’est 2012.

Le temps est venu, grâce à 2012, d’inverser le rapport de force. Car sans l’aide des institution, sans un minimum une neutralité bienveillance de leur part, la lutte contre le business sera très difficile pour le citoyen.

En 2012, la quadrature du Net, Owni, L’April, qui sont des pôles d’expertise, seront soutenus car ils sont des contre-pouvoirs qui se situent aux cotés de l’utilisateur.

Aidons les, sans ingérence, donnons leur des moyens pour faire de la recherche, de l’expérimentation, aidons les à nous guider vers la voie de l’internet citoyen.

Sarkozy le dit, MP le dit : nous devons nous occuper d’internet. Nous le disons aussi. Mais notre vision n’est pas la leur. Nous ne voulons pas d’intervention centralisée, de l’État, ni du business, ni d’une entente entre eux, qui régisse ce bien commun. Nous devons rendre la gouvernance à l’usager.

Vous avez tweeté ?

Vous avez doublement raison.

Premièrement, parce que tout ce que je vous ai dit ne m’appartient pas. Je n’ai fait que vous restituer sous forme de remix ce que veulent interdire les majors du business en protégeant la propriété privée, ce que j’ai appris , en fait, par ailleurs. Rien de tout cela, en réalité, ne m’appartient.

Deuxièmement, car j’ai compris le nouveau modèle de l’Internet. En diffusant librement mes propos, vous avez assuré ma rémunération de demain. Nul doute que la réputation dont je vais bénéficier grâce à votre diffusion de mes propos, me permette demain, sous une forme ou une autre, d’être rémunérée de mon travail, sans que je vous ai privés de la moindre liberté, et sans que cela vous ai couté quoique ce soit. C’est une nouvelle forme de rémunération. Je comprends fort aisément que les élus ou les majors, soit n’y comprennent rien, soit refusent de s’engager dans un système qui ne leur garantissent plus les revenus colossaux dont ils disposent en nous privant de notre liberté.

Soyons clairs entre nous : en 2012, nous aurons à intervenir dans une situation d’urgence.

D’autre part, cette révolution de la gouvernance sera longue à mettre en œuvre, car elle devra partir de la base, de chaque utilisateur, et ne pourra produire ses effets avant de très nombreux mois. Les luttes seront dures, face aux institutions européennes, face à un business qui ne lâchera rien et qui dispose de moyens conséquents. Il nous faudra donc en même temps que nous lançons cette révolution de la gouvernances d’internet, traiter en parallèle les urgences.

Permettre un accès plus facile, moins onéreux à tous, en particulièrement à ceux qui rencontrent le plus de difficultés, liées par exemple à leurs ressources, à leur age, à leur difficultés à lire et écrire. Nous aurons à investir dans la recherche et l’enseignement des NTIC, nous aurons à inventer et à mettre en place un mode de rémunération des auteurs qui leur permette de vivre de leur art, et qui garantisse la libre mise à disposition des œuvres, car ce sont des objets de progrès collectifs. Nous aurons à limiter la puissance des multinationales en rejetant toutes les mesure en cours de type Lopssi, Hadopi, ACTA. En effet, comment peut-on espérer le développement d’alternative à des entreprises système type Google, qui pèsent 90% des recherches et 90% des liens commerciaux du Net, et qui ce 15 aout encore rachètent Motorola Mobile. Comment peut-on accepter alors que nous avons tant de lois contre les monopoles cette situation qui nous met sous dépendance, et ne nous permettra bientôt plus le développement d’aucune alternative.

Nous aurons à traiter d’urgence la protection de nos données personnelles, interdire les expulsions du système selon le seul bon vouloir des opérateurs comme cela s’est produit pour NavX. Nous aurons à interdire la conservation de nos commentaires selon le bon vouloir de google dans google side wiki, en effet, même si nous les supprimons, google les conserve. Nous aurons à monter d’urgence une réflexion citoyenne sur la limitation des excès pour lutter contre la pédophilie, mais sans que cela soit un prétexte pour toucher aux libertés individuelles. Nous aurons à réfléchir très rapidement à la liaison entre la démocratie et la E-démocratie, l’une ne s’opposant pas à l’autre comme on tente de nous faire croire, mais l’une complétant l’autre.

Priscilla Cassez – Thierry Denys- copyleft, évidemment ! 

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