Adrien Peneranda: La gouvernance publique des biens communs informationnels et la diversité des acteurs

La gouvernance publique des biens communs informationnels et la diversité des acteurs

Cet article s’inscrit dans le cadre de ma recherche sur la gouvernance des biens communs informationnels et aborde le problème de la diversité auquel nous répondrons dans un prochain post.

Dans le cadre de la mise en œuvre de l’accès numérique au patrimoine culturel et aux connaissances du domaine public, l’Etat a missionné en 2009 le président de la Bibliothèque Nationale de France pour réaliser un plan stratégique en coordination avec l’ensemble des différents acteurs publics impliqués dans la chaine du livre. Appelé Schéma Numérique, c’est un dispositif qui associe des responsables de bibliothèques territoriales, des représentants du Conseiller Livre des Directions régionales des affaires culturelles (Drac), et des statisticiens du ministère de la culture afin de répondre à la proposition n°25 du rapport Barluet : «Définir un schéma d’orientation du numérique en bibliothèque». L’objectif fixé par le Ministère de la Culture est d’établir un bilan de l’action, des moyens et des besoins des bibliothèques dans le domaine du numérique,  mais aussi de proposer un plan d’harmonisation des politiques nationales ainsi que d’étudier les partenariats public-privé potentiels autour des bibliothèques numériques.

Or l’une des caractéristiques du paysage des bibliothèques numériques en ligne est sa grande fragmentation : les dispositifs de stockage des données, qu’elles soient en provenance d’acteurs publics, privés, ou même individuels sont rarement interopérables. Sur un plan technique, les « métadonnées » qui permettent de décrire un ouvrage publié sous forme numérique en associant notice, informations sur l’objet, sur son auteur, etc., si elles demeurent sous un format propriétaire, ne peuvent être échangées entre les différentes bibliothèques numériques, privées, publiques, ou mises en œuvre par une action collective auto-organisée (comme celle de l’encyclopédie Wikipédia appelée Wikisource). Par conséquent, les ouvrages du domaine public peuvent être plus difficilement accessibles aux individus qui désirent les consulter en ligne, l’information étant disséminée en de nombreux endroits d’Internet sans qu’elle soit reliée entre elles ou au site d’une grande bibliothèque numérique publique comme Gallica par exemple. La fragmentation des bibliothèques numériques en ligne, et la dispersion des données qui en résultent, est assez similaire à la situation qui prévalait dans le monde des bibliothèques physiques publiques avant leur fédération au sein de réseaux d’acteurs et la création de processus d’harmonisation pour localiser un ouvrage sur ce réseau (ce qui permet par exemple les prêts interbibliothèques). La diversité des acteurs qui manipule et met à disposition des livres numériques constitue cependant une différence majeure qui distingue dans le cas présent le monde physique du numérique. Sur le territoire national, les bibliothèques publiques sont aisément identifiables et représentent un nombre fini d’institutions. Sur Internet, la variété et le nombre potentiellement infini de sites et d’acteurs pouvant héberger et mettre à disposition des internautes des documents du domaine public implique une stratégie de coordination différente de la part de l’acteur public dans sa mission de création d’espaces de connaissances accessibles au citoyen (voir à ce sujet le rapport Ory-Lavollée au Ministère de la Culture, 2002).

C’est pourquoi l’une des grandes recommandations du Schéma numérique des bibliothèques déclare qu’il est nécessaire « d’Aider les bibliothèques à mettre en place des réservoirs de données répondant au protocole OAI-PMH. En faire un critère majeur de la contractualisation en cas d’attribution de subventions publiques pour la numérisation ». L’objectif est ici de mettre en place un dispositif technique qui encourage les pratiques coopératives entres les bibliothèques pour maximiser l’exploitation des données publiques et offrir leur usage le plus large possible aux citoyens et à toute sorte d’organisations. L’adoption de standards ouverts comme OAI-PMH présente un cas typique de tentative de gouvernance publique de la diversité des parties prenantes dans la transition vers le numérique. Bien qu’il se situe en aval de la définition des Biens Communs Informationnels et de l’étude du modèle général de gouvernance propre à cette ressource, il fait partie intégrante de l’analyse de la gouvernance publique qui en découle.

En accord avec cette nouvelle perspective de recherche, nous proposons donc la problématique suivante :

Dans quelle mesure les dispositifs techniques ouverts sont-ils un moyen pour les bibliothèques publiques numériques de valoriser les Biens Communs Informationnels en favorisant la diversité des publics créateurs et usagers de ces espaces ?

En théorie de l’information, la valeur d’une entité numérique (texte, son, vidéo, image) réside en effet dans son usage par l’internaute, usage qui est largement déterminé par son accès dans le cadre des réseaux numériques. L’accessibilité de l’information est une notion centrale dans le des espaces communs de la connaissance, et comprend plusieurs composantes comme le degré d’ouverture et de réutilisation de celle-ci, mais aussi son format adapté à de larges publics comme les personnes handicapées par exemple. De plus la possibilité de réutiliser les informations du domaine public est une source d’innovation et de création artistique ou commerciale inépuisable pour les individus et les entreprises. L’enjeu de notre recherche est donc à présent de déterminer l’impact de la stratégie de gestion de ses données numériques choisie par la Bibliothèque Nationale de France sur la valorisation de son fond sur Internet.

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